Est-ce que vous croyez que les stéréotypes de genre ont été oubliés et enterrés dans le passé ? Même avec le développement des réseaux sociaux la chance de tomber sur une vidéo ou un article qui comporte une intention stéréotypée est aussi grande que dans les années 1900, une époque envahie par des publicités stéréotypées.

Lui rationnel, elle imaginatrice. Source : Pinterest
Lui rationnel, elle imaginatrice. Source : Pinterest

D’où viennent les stéréotypes ?

Depuis tout petit, on nous dit comment être un garçon ou une fille. Les jouets, les couleurs, les vêtements semblent nous assigner un rôle précis : les filles doivent aimer les poupées et la douceur, les garçons les voitures et l’aventure. Ces expressions qui sont présentes dans nos vies et qui catégorisent le générique du genre, par exemple : "Les garçons ne font jamais de ballet" ; "Les filles ne jouent jamais avec ça." ; "Les garçons réparent les choses, les filles ont besoin qu’on répare leurs choses".Elles incitent à une construction des stéréotypes sans que nous nous en rendions compte. Les parents sont souvent les premiers à poser des étiquettes sur leurs enfants.Les garçons sont souvent encouragés à être forts, courageux, indépendants, tandis que les filles sont valorisées pour leur apparence, leur gentillesse ou leur calme. Ces attentes influencent leurs choix, leurs comportements, leurs rêves et même ce qu’ils ressentent réellement (Gelman et al., 2006). Selon le dictionnaire Québec, "les stéréotypes sont des caractéristiques que la société attribue à un groupe de personnes pour les classer instinctivement, par exemple selon leur âge, leur poids, leur métier, leur couleur de peau ou leur sexe. Lorsque les filles et les garçons sont associés à deux univers séparés, on parle de stéréotypes sexuels"(“Définition Des Stéréotypes”, n.d.).

Même dès le plus jeune âge, les stéréotypes s’infiltrent.Source : Pinterest
Même dès le plus jeune âge, les stéréotypes s’infiltrent.Source : Pinterest

Une étude intitulée "Jeux Individuels" réalisée auprès d’enfants de 2 à 5 ans montre que les stéréotypes de genre influencent très tôt la manière dont les enfants perçoivent les jouets. Dans cette recherche, "les enfants devaient regarder des images de jouets et décider s’il s’agissait d’un « jouet pour garçons » ou d’un « jouet pour filles »". Les résultats montrent que les enfants utilisent souvent des indices culturels comme la couleur, les personnages ou leurs propres préférences pour faire ce choix. Par exemple, un jouet comme My Little Pony a été presque toujours associé aux filles par les enfants. Même si rien n’empêche objectivement les garçons d’y jouer. Les chercheurs expliquent que ce phénomène est lié à la socialisation : dès le plus jeune âge, les enfants apprennent, à travers leur environnement (parents, publicité, école ou médias), quelles activités ou quels objets sont considérés comme « appropriés » pour chaque sexe. Ainsi, ces stéréotypes peuvent orienter leurs choix sans qu’ils en aient réellement conscience (Cherney et al., 2006).

Jouets Masculins (%) Féminins (%) Deux (%)
Masculins
Pompiers 27 4 1
Voiture bleue 42 55 3
Féminins
Voiture rose 4 94 2
My Little Pony 0 100 0

"La naissance des stéréotypes apparaît en réalité dès l’enfance, avec le système éducatif, producteur de distinctions, voire d’inégalités entre les sexes", ces petites règles façonnent nos comportements et nos attentes. En grandissant, elles continuent de nous suivre, invisibles mais puissantes, jusqu’aux réseaux sociaux où elles se reflètent dans les vidéos et les images que nous consommons chaque jour(Fabula, 2016).

On sait que les stéréotypes sont des idées simplifiées qui aident à reconnaître facilement un personnage ou une action, souvent de manière préjugée. Par exemple, on pense au super-héros ou au méchant.

Mais il est pertinent de se demander comment ces mêmes stéréotypes peuvent évoluer sur les réseaux sociaux. Sur notre façon de réagir et de voir les choses. Parce que les stéréotypes se manifestent via des images et des vidéos publiées par des influenceurs, ou via le fonctionnement des algorithmes. Car souvent, ce que l’on voit est choisi pour correspondre à ce que l’on aime, ou à ce que les plateformes pensent que nous avons envie de voir, et cela renforce les clichés. En plus, nos commentaires et nos interactions valorisent notre critique sur des sujets abordés. C’est nous qui construisons et nourrissons les réseaux sociaux.

Les stéréotypes sur les réseaux et leurs conséquences.

Dans notre enfance, et même dans notre vie d'adulte le cerveau aime classer les choses pour aller plus vite. Les stéréotypes sont une sorte de raccourci mental : on généralise à partir de quelques exemples,même si ce n’est pas toujours vrai, si les stéréotypes sont présents sur les réseaux sociaux, quels effets ont-ils sur les utilisateurs ? Quels changements cette problématique impose-t-elle ?

Pour répondre à ces questions,Hélène Bourdeloie dans un article, a soulignée une différence d’apparence entre les filles et les garçons sur les réseaux sociaux, notamment sur TikTok (application de réseaux sociaux permettant de créer et partager de courtes vidéos). Leurs texte englobe "une analyse des 100 contenus les plus vus sur YouTube, TikTok et Instagram". Il établit que "sur Instagram, plus des deux tiers de ces contenus (68 %) véhiculent des stéréotypes de genre, tandis qu’un quart (27 %) comprend des propos à caractère sexuel et près d’un cinquième (22 %) des propos sexistes". Concrètement, TikTok montre souvent des contenus qui renforcent les stéréotypes de genre. Sur la plateforme, les femmes sont souvent représentées d’une manière très précise et limitée : elles apparaissent comme réservées, séductrices, hystériques ou attachées à leur apparence et à la maison. Ces contenus sont jugés moins "importants" que ceux des hommes, ce qui crée une hiérarchie ou les hommes semblent plus légitimes(Bourdeloie, 2025).

La conséquence de cette présence est l'exemple du compte "abregefrere" sur TikTok, qui prenait des vidéos faites par des femmes et les résumait en une seule phrase courte, souvent de manière moqueuse comme exemple : " "tana" (contraction de l’espagnol "putana")". Cela donnait l’impression que leurs paroles n’étaient pas importantes ou qu’elles ne parlaient "pour rien". Cette manière de faire a encouragé les moqueries et parfois le cyberharcèlement contre ces créatrices. Ainsi, ce type de contenu participe à renforcer l’idée que la parole des femmes aurait moins de valeur, ce qui correspond à un stéréotype de genre. Dans l’article on peut remarquer que pour se protéger, certaines utilisatrices ont créé des espaces comme Tanaland(un monde imaginaire féministe des tiktokeuses), un monde virtuel féminin pour se défendre contre le cybersexisme. À l’inverse, des espaces comme Charoland (un endroit où les femmes sont surtout perçues comme des objets de désir) montrent des femmes uniquement pour le plaisir des hommes, ce qui renforce encore les stéréotypes et les inégalités(Bourdeloie, 2025).

Donc les contenus sur Tiktok reproduisent souvent des images stéréotypées des femmes et des hommes, ce qui influence la manière dont chacun est perçu en ligne. Les stéréotypes naissent dès l’enfance et continuent d’agir sur les réseaux sociaux. L’apparition des initiatives comme Tanaland sur TikTok encourage la protection contre tout type d’abus et moquerie, et limite en même temps les stéréotypes de genre.

Pour continuer, sur les réseaux sociaux les postes sont les premières échanges qui identifier des stéréotypes visuels. Ces exemples sont bien détaillés dans la revue «Unveiling digital mirrors: Decoding gendered body poses in instagram imagery »(Tsolak & Kühne, 2025).

Des prototypes de quatre groupes qui contiennent d’individus perçus comme des hommes.
Des prototypes de quatre groupes qui contiennent d’individus perçus comme des hommes.

On peut découvrir qu’il existe des poses corporelles masculines et féminines. Des postures du corps et expressions faciales différentes, “men often choosing poses that make them appear more massive or display their muscles”. C’est vrai que les garçons adoptent des angles spécifiques, comme le torse légèrement tourné ou les bras contractés, afin de mettre en valeur leurs muscles. Certains utilisent également des filtres ou des lumières qui renforcent les ombres et les reliefs de leur corps. Cette mise en scène peut refléter un désir de montrer force et confiance en soi aux yeux de leurs abonnés. En fin de compte, ces choix de poses traduisent souvent une volonté de contrôle de leur image et de valorisation de leur apparence physique.

Des prototypes de quatre groupes qui contiennent d’individus perçus comme des femmes.
Des prototypes de quatre groupes qui contiennent d’individus perçus comme des femmes.

Évidemment qu'il y a des poses correspondent à des stéréotypes de féminité. Le terme “feminine touch” renforce l’idée de douceur et de sensibilité. Croiser les jambes ou adopter des positions asymétriques donne l’impression de délicatesse, de vulnérabilité ou de grâce, associées traditionnellement aux femmes. Ces stéréotypes reflètent des attentes culturelles sur le corps féminin.

Quatre positions qui idéntifie plus facilement, les stéréotypes de genre sur les photos en ligne : (a) Position large avec les bras écartés, touche masculine dominante. (b) Le toucher féminin. (c) Posture en S.(d) Jambes croisées et position déséquilibrée. Créateurs :Dorian Tsolak, Simon Kuhne
Quatre positions qui idéntifie plus facilement, les stéréotypes de genre sur les photos en ligne : (a) Position large avec les bras écartés, touche masculine dominante. (b) Le toucher féminin. (c) Posture en S.(d) Jambes croisées et position déséquilibrée. Créateurs :Dorian Tsolak, Simon Kuhne

Est-ce que les stéréotypes sont-ils aussi présentes dans les publicités ?

Prenons l’exemple de stéréotype publicitaire du Fiat 500 en 2013, qui nous montre comment le langage publicitaire, outre le fait qu’il va chercher à promouvoir un produit, il va aussi véhiculer des idéologies et instaurer des stéréotypes qui eux-mêmes vont contribuer voire renforcer certains faits sociaux.

Campagne - Fiat - Homme.
Campagne - Fiat - Homme.
Campagne - Fiat - Femme.
Campagne - Fiat - Femme.

En l’occurrence il assigne l’homme dans une posture précise : dynamique, active et la femme dans une autre : statique, nonchalante et séductrice. C’est bien évidemment sa répétition qui contribue à l’instauration des discours stéréotypés et à des représentations standardisées de ce que l’homme fait en société, sa place, son rôle, ses performances et ce que la femme fait aussi. La posture dynamique de l’homme presque dans son intégralité est l’opposer de celle du corps féminin, ou on voit que ses jambes. En analysant les couleurs, le gris renvoie à la virilité et masculinité, tandis que la couleur jaune, renvoie à la lumière et à la joie. On a l’impression qu’Enzo, le prénom du personnage masculin, est prêt pour une course, tant sa position rappelle celle des athlètes de haut niveau. Tandis que Céleste, le personnage féminin de la publicité, paraît à la fois tendue et détendue. Cela crée une différence de genre et renforce un stéréotype lié aux actions effectuées par les personnages.

Finalement, ce sujet sera toujours pertinent pour le débattre et le mettre en question. Car les stéréotypes influencent beaucoup à notre façon de vivre et d'analyser nos intérêts. Et vous, est-ce que vous avez remarqué des stéréotypes sur les réseaux sociaux ?

Image qui répresent clairement l'idée des stéréotypes entre les femmes et les hommes.Source : Pinterest
Image qui répresent clairement l'idée des stéréotypes entre les femmes et les hommes.Source : Pinterest

Bibliographie

  • Gelman, S. A., Taylor, M. G., & Nguyen, S. (2006). Messages implicites ou explicites dans les conversations sur le genre entre mère et enfant. Enfance, 58(3), 223–250. https://doi.org/10.3917/enf.583.0223
  • Définition des stéréotypes. (n.d.). Définition des stéréotypes. In Gouvernement du Québec.
  • Cherney, I. D., Harper, H. J., & Winter, J. A. (2006). Nouveaux jouets : ce que les enfants identifient comme “ jouets de garçons ” et “ jouets de filles ”. Enfance, 58(3), 266–282. https://doi.org/10.3917/enf.583.0266
  • Fabula, É. de . recherche . (2016). Le stéréotype : fabrique de l’identité ? (Revue Traits-d'Union). In https://www.fabula.org. Équipe de recherche Fabula, École Normale Supérieure, 45 rue d'Ulm, 75230 Paris Cedex 05.
  • Bourdeloie, H. (2025). Le genre sous algorithmes : pourquoi tant de sexisme sur TikTok et sur les plateformes ?. In The Conversation. https://doi.org/10.64628/AAK.j5r66jqcr
  • Tsolak, D., & Kühne, S. (2025). Unveiling digital mirrors: Decoding gendered body poses in instagram imagery. Computers in Human Behavior, 163, 108464. https://doi.org/10.1016/j.chb.2024.108464